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samedi 10 décembre 2016

Faut bien qu'ils brillent



C'est vrai que c'est joli cette pellicule humide sur l'asphalte qui s'ennuie de n'être que bitume. Ca fait des yeux qui s'y perdent, des paupières qui tombent en cascade, ça fait des arrêt sur image, ou sur orage selon la saison. C'est vrai que c'est joli, et ça devrait suffire.

C'est vrai qu'on a machinalement les doigts qui fouillent le fond des poches, les ongles qui grattent la feutrine pour pas gratter ailleurs, et le regard qui fuit parfois, c'est vrai. Quand on fait semblant sans le faire exprès, parce qu'on nous a appris, et parce que c'est resté. Dans les gènes, dans les os, dans le ventre et le coeur ça s'est bien accroché, cette manie qu'on nous a filé, de contenir plutôt que d'imploser. 

Recipient sous pression. Ne pas exposer à la chaleur. Tenir loin de la portée des enfants.

Heureusement y'a cette pellicule humide partout sur les pavés, et quand il fait nuit noire ça ressemble à la voix lactée, il suffit de plisser les yeux. C'est vrai que c'est joli, et ça devrait suffire.

C'est vrai qu'on forme une bande de bras-cassés, et sacrément nombreuse la bande. Le gang des amputés, la meute des enfants-creux, tout un tas de surnoms pour ceux qui ont oublié comment ils s'appellent. Mais y'a quand même sur leurs pupilles cette pellicule humide, et quand on plisse les yeux, ça fait des nébuleuses, ça les rend un peu cosmonautes.  Et ça devrait suffire.

C'est vrai qu'avoir le ventre en ballon de baudruche, c'est monnaie courante sur le bateau des détraqués. C'est qu'on y planque des océans, des tempêtes, des volcans, des sac de billes et des jolis cailloux, des cicatrices jolies et des trésors sordides. Des trucs qu'on ramasse quoi. Parce que c'est vrai que c'est joli.

Et ça devrait suffire.

jeudi 17 novembre 2016

Les avaleurs de vent les bouffeurs d'avalanche




Dans le mouvement nanocrospique des feuilles d'arbre caramélisées secouées par le VENT - dans chaque brique figée de chaque maison figée par la fenêtre figée, des bâtiments qui regardent le même boulevard depuis une éternité figée - l'éternelle attente d'un événement MAGIQUE quelqu'il soit qui n'a jamais lieu qui s'est oublié qui n'aura pas lieu parce que tu as oublié de croire que.

L'épuisement est une chance, l'hypersensibilité le bijou de la couronne. C'est avoir deux paires d'yeux au lieu d'une, des yeux qui pleurent, certes, mais des yeux qui voient.
Du verbe voir.

Quand tu te sens chanceux - très chanceux trop chanceux trop confortable - quand ce trop-plein de chance est une petite douleur aiguë, mais rien n'est tout noir ni tout blanc - quand tu réalises enfin que tu en as fini avec les schémas de la morale et de la dichotomie - quand il n'y a plus ni "positif" ni "négatif", ni ombre ni lumière mais une seule et unique CHOSE ou les opposés se confondent et s'entre-aident constamment.


C'est généralement à ce moment là que le téléphone sonne.

mardi 18 octobre 2016

La Lune Noire & l'Arcane sans Nom





Il y a quelque chose d'absurde dans la température de cette dernière nuit de septembre. Il y a l'improbable présence d'un chat qui se courbe l'échine tout en léchant sa patte. Il y a les planches en bois d'une petite scène, improvisée, les conversations qui s'atténuent et qui se meurent pour laisser de la place aux sons qui s'étalent et s'étendent.

IL Y A une réelle tentative de re-connexion entre le GRAVIER et les ASTRES. Toujours dans des espaces ou on ne s'y attend pas, c'est à dire la petite cour à l'intérieur de l'autre petite cour, tu sais, après la deuxième porte, celle qui ne se ferme pas à clé. C'est toujours dans ces petites cours et c'est toujours derrière des portes qu'il y a.

DE L'ART DE.
Faire hurler un loup qui n'est pourtant pas là, laisser dans le ciel la trace d'un avion qui n'est jamais passé ( Point d'interrogation ).

DE L'ART DE. Faire glisser une douzaine de paires d'épaules dans la nuit noire, faire tomber la nuque, le front et le regard vers un épicentre intérieur, un nombril individuel mais commun. De l'art de nous plonger dans un interstice interstellaire, et ça n'est même pas ça le plus fascinant.

IL Y A. De la sorcellerie dans l'utilisation des micro-processeurs, du rituel et du chamanisme dans les arrêtes concrètes d'un cube de système son. Il y a. Quelque chose de terriblement anachronique dans ces deux univers qui se frôlent, d'une part l'omniprésence d'une cérémonie ancestral et magique, de l'autre les éléments physiques et fonctionnels d'une technologie numérique.


IL Y A DONC DE L'ART DE créer des nouveaux SALEM par une nuit de lune noire, des élixirs bouillonnants qui trouvent leur alchimie- bizarrement- dans la luminescence d'un écran plasma. 
Il y avait je crois, une diseuse de bonne aventure dans le vaisseau spatial qui nous conduisait tour à tour vers le Pendu et vers l'Amour, et dans ce jeu de cartes rythmé par le brassage, il y avait de l'art de traverser les âges.

jeudi 15 septembre 2016

La bouche en coeur.



En même temps qu'on lève de nouveau un voile, en même temps qu'on arrache encore une couche épaisse de ce qui nous séparait de l'essentiel, on t'enlève les mots de la bouche.

On t'enlève les mots de la bouche et tu peux à présent sentir ce vide entre ta langue et ton palais. Un espace qui jusqu'ici était entièrement habité par une masse compacte de VERBE, une bouillie de phrases prête à bondir en permanence hors de la barrière de dents, une MASSE qui pensait tout savoir, une forme orgueilleuse qui t'engourdissait le palais. Cet espace dans ta bouche était rempli par une syntaxe arrogante, paradant le menton levé sur les trottoirs relationnels, vendant son corps sur la place publique des conversations, pleine et ronde de la sensation d'avoir réponse à tout.

Enfin, on t'enlève les mots de la bouche, et tu restes planté là devant tant de grandeur, retrouvant ton essence minuscule, le ventre abritant des volcans de silence, les lèvres sèches, la bouche pâteuse bien évidemment. Enfin ! On t'enlève les mots de la bouche.

C'est un spectacle si impressionnant qui se joue sous tes yeux, que pour la première fois tu ne trouves aucun mot. Tous ceux de ta connaissance semblent subitement loin de tout, trop distancés des choses réelles qu'ils semblent vouloir désigner. Tous les mots du monde se sont subitement envolés et tu mesures le poids de leur insuffisance. Tu te retrouves donc là, toi qui pensait pouvoir tout DIRE, et dans cet espace minuscule entre tes deux lèvres on n'entend plus rien
Que le bruit du vent 
Soufflant sur les choses.


lundi 1 août 2016

Déglingué



Ce sont des portes fragiles, fines comme le papier, sans nom et sans serrure, ça tombe bien : J'ai toujours pas la clé. Et puis elles ne demandent qu'à s'envoler mais elles sont dans les choses, dans les chansons et les courants d'air, surtout dans les RYTHMES et puis parfois juste là sur le bord du trottoir, les choses qu'on pensait pas AIMER que finalement on AIME, en tous cas on s'y intéresse tu vois bien.
De ces moments de confusion ou tout n'est pas TRANQUILLE, ces moments qui sont proches du mal-être parce qu'on en veut encore, de ces moments ou l'infiniment grand tient dans le creux d'une paume et que c'est insupportable; ça n'est absolument pas PAISIBLE mais c'est pourtant très bien. Tu vois, les choses qu'on pensait pas aimer, que finalement on AIME, comme pour les légumes verts quand on était gamins et qu'on a PAS grandi.

Dans le plafond du monde j'ai vu des cétacés, qui nageaient tranquillement dans un vrombissement sourd, mais peut être qu'après tout c'était juste des LUMIERES chassées par leur propre VITESSE, peut-être qu'après tout c'était pas des baleines, pourtant j'ai vu l'oscillation légère de leur dos qui se courbe, peut être qu'après tout ça n'était que des LED clignotant au lointain. Encore ces choses qu'on pensait pas AIMER que finalement on aime. Je veux dire,
en tous cas,
on s'y intéresse.

jeudi 30 juin 2016

Sentiers Sauvages


Tu construis des petits douleurs que tu assembles dans le noir. Tu voudrais mesurer la distance entre le bout du ciel et la plante de tes pieds. Tu tourne en rond dans un sentier de terre, jette des ombres sacrées dans la lumière du feu. Tu fais remuer des cailloux dans le creux de ta main, tu les écoutes chanter. Ca sent la myrrhe et la combustion du bois de sapin. Il y a des rituels qu'on a oublié, des chansons qu'on aurait du nous chanter plus souvent.

Tu engouffres tes pas dans les rues de cette ville, les caves de cette ville, les hangars de cette ville. Jamais tu n'as trouvé ailleurs ce que tu trouves ici, c'est une ville comme un tas de compost : Qui pue la mort mais qui grouille, qui brûle, qui brille. C'est une ville qui n'a pas de garde-fou et tu prends une claque à chaque porte que tu pousse. T'es déjà tombé sur des cours intérieures couvertes de fleurs, des jardins bucoliques entretenus avec soin au beau milieu du bronx. Ca n'est pas une ville ou règne l'ordre et la sécurité, ça n'est pas une ville qui se prend au sérieux, c'est l'humilité humiliée. 

T'as poussé une vieille porte en métal rouillé et t'as monté des escaliers en béton, t'es encore arrivé dans un atelier sauvage. Y'en a combien comme ça , avec rien d'écrit sur la porte ? Certainement des centaines. Sur les étagères c'est la collection d'encres et de peintures, le nitrate d'argent et les lampes UV sous la table lumineuse faite-maison, une vieille baignoire et des pinceaux étrangement propres, un cadre de sérigraphie qui sèche à l'ombre dans un carton d'écran plasma, parce qu'il se trouve que c'est juste la bonne taille. T'as juste poussé la porte en fait, et tu sais qu'ils sont pas les seuls.

Tu reconnais les marins échoués des écoles d'Art, les expulsés du circuit parce que trop sauvages, trop insolents, avec trop de feu qui leur brûle les doigts. Tu les reconnais parce que t'en as vu d'autres, t'as souvent pris le crayon ou la poudre d'escampette avec eux, t'as toujours trouvé qu'ils étaient au coeur des choses, qu'ils comprenaient plus vite et plus loin. Tu souris de constater que finalement, les diplômés travaillent souvent au bar du coin, alors que les sauvages, eux, n'ont jamais arrêté de produire. Ca leur brûles les doigts de toutes façons, on voit bien l'incendie dans leurs yeux. C'est une ville comme un tas de compost : Qui pue la mort, mais qui grouille et qui brille d'insectes gigotants, créatifs, immortels.

Tu rentres avec tes quinze pages imprimées sous le bras, t'es contente du rouge et t'es contente du bleu. Tu prends la première à gauche après l'hôtel de luxe, et tu passes devant des dizaines de portes. Derrière elles il y a surement une fille qui fait du trapèze dans un hangar froid, sans doute un type qui découpe des cartons d'acide en mangeant son sandwich, il y a peut-être une troupe de théâtre qui répète dans un garage, potentiellement un mec qui construit un bateau sans rien dire à personne, et certainement une gonzesse silencieuse qui tire ses photos dans une chambre noire. Tu sens presque l'odeur du révélateur. Il fait beaucoup trop chaud et le ciel reste gris taulard sur la cité bâtarde. Tu pousse encore une porte, la tienne, doigts sur l'interrupteur, cigarettes dans le cendrier, poser ton sac, papier, crayon. Il y a des rituels qu'on a oublié.

Des chansons qu'on aurait du nous chanter plus souvent.

jeudi 12 mai 2016

Les palpitations populaires



J'avais longtemps boudé le ronronnement moteur des colombes au matin. Maintenant je trouve rassurant l'existence de ce son qui a traversé chacun de mes printemps. Je te jure que j'essaye d'agripper le réel. Ce bouton de rose juste là qui n'attend que d'éclore, hier déjà j'essayais d'y amarrer mon regard. Aujourd'hui il a légèrement bougé, la proportion de rouge a augmenté, pris le pas sur la coquille verte. Mais je me force, tu sais. Quel effort que de fixer la rose et d'être la rose, quelle énergie ça pompe d'être ici et maintenant, quand on a pris le pli d'être ailleurs constamment.

Que ça soit dans la littérature italienne ou dans le coeur des pigeons, ce qui palpite encore est vraiment minuscule. C'est à peine un vrombissement, plutôt une palpitation malade, qui remue faiblement pour ne pas s'ennuyer. C'est incroyable ce qu'on peut faire pour ne pas s'ennuyer.
La moiteur de cette peau après laquelle on court, parce que toucher des peaux c'est le but absolu, l'accomplissement ultime. La moiteur de ta peau et ce bruit dans la cour, le cri à peine audible d'une histoire qui s'abime.