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mardi 2 mai 2017

Traversée




Cassiopea traversée par les vents traversée par l'ivresse. Insomnia par moments - insolente par miracle. Nous sommes evidemment les coureur de jupon de la fièvre, des volcans, de tout ce qui brûle et les enfants du vent - seulement quand il se travestie en tempête et tornade - évidemment.  
Cassiopea traversée par l'esprit farceur traversée par le saule pleureur, AH ! Nous ne sommes jamais satisfaits  tu as raison, nous voulons tout très fort et nous ne payerons pas l'addition, merci quand même - évidemment. 

Cassiopea ou le corps désireux de braise - ou le corps du Christ sur une chaise. 

Corps Eclatés ou la grande guerre contre le palpable, le tangible, ennemis jurés de la logique, fervents défenseurs de l'absurde, suceurs de sang du bien-pensant, AH !
Corps éclaté par endroits - éclairé par miracle. Corps tombant d'avoir trop marché, corps aimant d'être tant tombé. Cassiopea traversée par les vents, traversée par l'ivresse.

Cassiopea ou le corps désireux d'une intensité sans temps-mort. Cassiopea partie integrante d'une bande minscule et changeante de Corps Eclatés, une famille  sans jeu de cartes - sans jeu tout court - une tribu au cœur d'aveugle aux yeux de sourds. Corps éclatés ou l'âme chercheuse de paroxysmes, Corps éclatés au coeur du mécanisme.

Cassiopea travaillée par l'amour façonnée par l'intense, corps à genoux au pied d'un temple à demander sa dernière danse. Cassiopea ayant croisé le regard de l'âme-soeur sur une planète mauve creusée de braise et de sueur.
Cassiopea éclatée par endroits - éclairée par miracle.

dimanche 16 avril 2017

Laboratoire de l'insolence



C'est toujours dans des lieux en friche, des murs en béton qui s'éffritent sous des couches de peinture vandales. C'est toujours dans des squats ou dans la cour des miracles qu'on voit brûler la flamme des expérimentations dans l'éprouvette improvisée.

Ils portent des sweats à capuche et parfois un anneau d'acier à l'oreille, ils déambulent dans le laboratoire en ruines, à la recherche de la prochaine expérience à tenter, du prochain cri à pousser trop fort.

Au coeur d'un siècle d'une laideur incroyable ils questionnent la norme et le beau, fendus d'un espoir sans chaleur et d'une passion désintéressée. Ils font courir leurs doigts longilignes sur des synthé poussiéreux, le mégot d'une roulée accroché à leurs levres sèches, les yeux fermés et le coeur qui balance. Ca, c'est toujours dans des lieux en friche.
Ca me touche parce que leur désir du verbe faire est sauvage au plus haut point, sans aucune trace d'égo ou d'ascension, de la dévotion pure, sans colorants ni conservateurs.

Ils sont nés une année bissextile et ils bidouillent en bipolaire dans le labo de l'insolence. Ils cherchent à pousser des hurlements silencieux, à faire de la musique qui ne s'écoute pas, à inventer des mots qu'on ne peut pas dire. Alors ils font glisser l'archer d'un violon sur le manche d'une guitare, alors ils mangent avec les doigts, dessinent avec les pieds, jouent du piano avec les dents, provoquent des sons gigantesques avec des mouvements minuscules. Pour faire entrer deux mondes en collision : l'asphalte et le cosmos. Pour effleurer du bout des doigts les nébuleuses et les trous noirs.

Je vois des tigres bondir hors de leur ventre, des crocodiles la gueule ouverte. Je vois les murs qui tremblent et tout ça n'a tellement pas de sens que ça donne presque envie de pleurer d'une joie pure et froide, au coeur de ce siècle d'une laideur incroyable.

jeudi 22 décembre 2016

Black mirrors


Yayoi Kusama: Infinity Mirror Room



Du grand combat d'épées tranchantes qu'est l'éducation de son âme. De la densité de l'être et du brouillard épais, littéralement à couper au couteau pour y voir clair, mais on n'y voit jamais clair. Aucun mouvement ne s'accompagne de contours net, il n'y a qu'en arrêtant de bouger qu'on évite le flou. On-y-voit-jamais-clair.

C'est des pièces entières recouvertes de miroirs sombres, et du sol au plafond on n'y voit que ces maudits reflets de soi, inexorablement différents et complexes, certains vaguement lumineux, la plupart passablement immondes, impossibles à fuir et difficiles à regarder. Elle est belle n'est-ce pas, notre chasse aux dragons ? Elle nous fait les mains sales et le regard plus vif, parce qu'il est dit qu'on brille plus fort après s'être regardé en face. Mais quelle face ?

Ca n'est pas une façon de parler lorsqu'on dit de ce brouillard qu'il est à couper au couteau. Et si nous avons déjà découpé quelques tranches il reste encore un beau morceau, de ceux qu'on pourrait servir en plat principal au grand banquet du dépassement de soi, dont les convives, évidemment, ne sont autres que les milles et unes projections suscités, reflets de l'être affamé depuis sa naissance, de cette faim vorace qui caractérise l'existence. Quelle autre phrase reste-t-il alors à énoncer qu'un cinglant  BON APPETIT  au serpent qui se mange la queue, sans même prendre la peine de se l'assaisonner.

samedi 10 décembre 2016

Faut bien qu'ils brillent



C'est vrai que c'est joli cette pellicule humide sur l'asphalte qui s'ennuie de n'être que bitume. Ca fait des yeux qui s'y perdent, des paupières qui tombent en cascade, ça fait des arrêt sur image, ou sur orage selon la saison. C'est vrai que c'est joli, et ça devrait suffire.

C'est vrai qu'on a machinalement les doigts qui fouillent le fond des poches, les ongles qui grattent la feutrine pour pas gratter ailleurs, et le regard qui fuit parfois, c'est vrai. Quand on fait semblant sans le faire exprès, parce qu'on nous a appris, et parce que c'est resté. Dans les gènes, dans les os, dans le ventre et le coeur ça s'est bien accroché, cette manie qu'on nous a filé, de contenir plutôt que d'imploser. 

Recipient sous pression. Ne pas exposer à la chaleur. Tenir loin de la portée des enfants.

Heureusement y'a cette pellicule humide partout sur les pavés, et quand il fait nuit noire ça ressemble à la voix lactée, il suffit de plisser les yeux. C'est vrai que c'est joli, et ça devrait suffire.

C'est vrai qu'on forme une bande de bras-cassés, et sacrément nombreuse la bande. Le gang des amputés, la meute des enfants-creux, tout un tas de surnoms pour ceux qui ont oublié comment ils s'appellent. Mais y'a quand même sur leurs pupilles cette pellicule humide, et quand on plisse les yeux, ça fait des nébuleuses, ça les rend un peu cosmonautes.  Et ça devrait suffire.

C'est vrai qu'avoir le ventre en ballon de baudruche, c'est monnaie courante sur le bateau des détraqués. C'est qu'on y planque des océans, des tempêtes, des volcans, des sac de billes et des jolis cailloux, des cicatrices jolies et des trésors sordides. Des trucs qu'on ramasse quoi. Parce que c'est vrai que c'est joli.

Et ça devrait suffire.

jeudi 17 novembre 2016

Les avaleurs de vent les bouffeurs d'avalanche




Dans le mouvement nanocrospique des feuilles d'arbre caramélisées secouées par le VENT - dans chaque brique figée de chaque maison figée par la fenêtre figée, des bâtiments qui regardent le même boulevard depuis une éternité figée - l'éternelle attente d'un événement MAGIQUE quelqu'il soit qui n'a jamais lieu qui s'est oublié qui n'aura pas lieu parce que tu as oublié de croire que.

L'épuisement est une chance, l'hypersensibilité le bijou de la couronne. C'est avoir deux paires d'yeux au lieu d'une, des yeux qui pleurent, certes, mais des yeux qui voient.
Du verbe voir.

Quand tu te sens chanceux - très chanceux trop chanceux trop confortable - quand ce trop-plein de chance est une petite douleur aiguë, mais rien n'est tout noir ni tout blanc - quand tu réalises enfin que tu en as fini avec les schémas de la morale et de la dichotomie - quand il n'y a plus ni "positif" ni "négatif", ni ombre ni lumière mais une seule et unique CHOSE ou les opposés se confondent et s'entre-aident constamment.


C'est généralement à ce moment là que le téléphone sonne.

mardi 18 octobre 2016

La Lune Noire & l'Arcane sans Nom





Il y a quelque chose d'absurde dans la température de cette dernière nuit de septembre. Il y a l'improbable présence d'un chat qui se courbe l'échine tout en léchant sa patte. Il y a les planches en bois d'une petite scène, improvisée, les conversations qui s'atténuent et qui se meurent pour laisser de la place aux sons qui s'étalent et s'étendent.

IL Y A une réelle tentative de re-connexion entre le GRAVIER et les ASTRES. Toujours dans des espaces ou on ne s'y attend pas, c'est à dire la petite cour à l'intérieur de l'autre petite cour, tu sais, après la deuxième porte, celle qui ne se ferme pas à clé. C'est toujours dans ces petites cours et c'est toujours derrière des portes qu'il y a.

DE L'ART DE.
Faire hurler un loup qui n'est pourtant pas là, laisser dans le ciel la trace d'un avion qui n'est jamais passé ( Point d'interrogation ).

DE L'ART DE. Faire glisser une douzaine de paires d'épaules dans la nuit noire, faire tomber la nuque, le front et le regard vers un épicentre intérieur, un nombril individuel mais commun. De l'art de nous plonger dans un interstice interstellaire, et ça n'est même pas ça le plus fascinant.

IL Y A. De la sorcellerie dans l'utilisation des micro-processeurs, du rituel et du chamanisme dans les arrêtes concrètes d'un cube de système son. Il y a. Quelque chose de terriblement anachronique dans ces deux univers qui se frôlent, d'une part l'omniprésence d'une cérémonie ancestral et magique, de l'autre les éléments physiques et fonctionnels d'une technologie numérique.


IL Y A DONC DE L'ART DE créer des nouveaux SALEM par une nuit de lune noire, des élixirs bouillonnants qui trouvent leur alchimie- bizarrement- dans la luminescence d'un écran plasma. 
Il y avait je crois, une diseuse de bonne aventure dans le vaisseau spatial qui nous conduisait tour à tour vers le Pendu et vers l'Amour, et dans ce jeu de cartes rythmé par le brassage, il y avait de l'art de traverser les âges.

jeudi 15 septembre 2016

La bouche en coeur.



En même temps qu'on lève de nouveau un voile, en même temps qu'on arrache encore une couche épaisse de ce qui nous séparait de l'essentiel, on t'enlève les mots de la bouche.

On t'enlève les mots de la bouche et tu peux à présent sentir ce vide entre ta langue et ton palais. Un espace qui jusqu'ici était entièrement habité par une masse compacte de VERBE, une bouillie de phrases prête à bondir en permanence hors de la barrière de dents, une MASSE qui pensait tout savoir, une forme orgueilleuse qui t'engourdissait le palais. Cet espace dans ta bouche était rempli par une syntaxe arrogante, paradant le menton levé sur les trottoirs relationnels, vendant son corps sur la place publique des conversations, pleine et ronde de la sensation d'avoir réponse à tout.

Enfin, on t'enlève les mots de la bouche, et tu restes planté là devant tant de grandeur, retrouvant ton essence minuscule, le ventre abritant des volcans de silence, les lèvres sèches, la bouche pâteuse bien évidemment. Enfin ! On t'enlève les mots de la bouche.

C'est un spectacle si impressionnant qui se joue sous tes yeux, que pour la première fois tu ne trouves aucun mot. Tous ceux de ta connaissance semblent subitement loin de tout, trop distancés des choses réelles qu'ils semblent vouloir désigner. Tous les mots du monde se sont subitement envolés et tu mesures le poids de leur insuffisance. Tu te retrouves donc là, toi qui pensait pouvoir tout DIRE, et dans cet espace minuscule entre tes deux lèvres on n'entend plus rien
Que le bruit du vent 
Soufflant sur les choses.